Comment on oublie l'existence, toutes ces choses inutiles comme les débuts, les milieux, les fins, tous ces moments qu'on croit nécessaires pour s'abstenir du silence?
Je ne sais plus écrire pour ne l'avoir jamais appris. Et c'est dans mon replis autistique que je ne m'extasie plus désormais que dans les espaces riches qui séparent les mots rochers, où tant s'obstinent encore à s'accrocher, comme au dernier pillier qui soutient leur réalité plastique.
Du blanc! Plus que du blanc! Du blanc dans sa multitude de lumières révélatrices! Dans un monde où les buissons ardents n'ont plus la quote pour cause de déjà "trop" vu expatrié sur des lunes sans dimension. Le symbole redevenant alors le symbole, dans son état le plus pur et le plus intime.
"Ce qui est profondément vrai pour un homme l'est pour tous." Mais cette vérité lui sera à jamais intransmissible, perdue dans cette blancheur immaculée, là où nos calvities académiques et étatiques -maudites nations- nous noient un peu plus chaque jours dans le flot de leur encre noire pétrolifère qu'ils appellent rationalisme... race...io..natisme... Ou comment rationaliser le nationalisme, la réalité féodale couleur promo de noël.
Cette nuit j'ai fait un de ces rêves qui vous semblent toujours inédits mais laborieusement familiés. Un rêve prison.
Perdu au milieu d'un vieil immeuble baigné de lumière poussiéreuse, sans la moindre fenêtre. Tout n'est que vide et enchevêtrement sans fin de pièces toutes plus vides les unes que les autres, sans couloir, dont le seul but dans l'existence semble être de boucher tout horizon par des enfilades de pas de portes gris. Ce n'est pas la colonne de Brancousi ici... On ne vous mène à aucun ciel, même acculé au béton.
Au plafond de petites plaques de plâtre abandonnent la paroie à cause de la fatigue des années qui touche ces immeubles 80's mal conçus, qu'on doit déjà condamner. Il n'y a rien ici, tout est désespérément vide et d'un vaste infini qui m'écrase et me dissuade de perdre une quelconque énergie dans un déplacement inutile : tout est identique ici, le seul contraste se trouve le long des fissures et des crevasses qui lézardent les murs.
Mais alors d'où vient cette putain de clarté?
Puisqu'il n'y a rien ici, juste moi, ces murs et ces espaces nocturnes remplis à raz bord de solitude, que je déni le jour durant.
Ca fait quoi d'avoir la gueule à terre? De le sentir là, sur le bitûme? Ca fait quoi à mes engelures d'âme? Une rame de toute puissance, et "paf!" arrêt à la Défense. C'était ça mon nouveau crédo : tenter le "métro-boulôt-dodo" dans un monde de métal asceptisé. Je pouvais y arriver, j'avais le sourire de mes mouflets et mes passions en bandoulières.
Ca fait quoi d'avoir la gueule dans la terre? Pas celle des Bassa, pas ma Mère, pas ma terre nourrissière, mais quelque chose de bien plus amère, un peu de bêton et beaucoup trop de prétention. Moi c'est un genou qui m'a ramené à la déraison. Récupérer Spider Man de son plafond, c'était pas vraiment un choix avec options, pour la médaille du courage faudra passer lors d'une prochaine mission. Au fond ça a été une sacrée leçon et j'ai pas fini de payer l'addition.
J'ai le nombril perdu entre Douala et Yaoundé. Les yeux dans la pampa, les narines du côté de Ramnicu Valcéa. Alors ça fait mal d'avoir la gueule dans cette terre engluée de boue d'un Automne mitigé, fade, sans odeur ni félicité! Une table qui vascille et c'est toute mon Inde qui s'est scotchée à mon salon. Ma seule bouffée d'oxygène, devenait une asphixie lente et pernicieuse, jusqu'à l'explosion artificielle thamadolée, de nuits trop froides et cruelles ; d'angoisses ou de douleurs.
Alors c'est jusque là que l'amas d'organes dont ont m'a forcé l'axé peut-aller? C'est ça la douleur, la gueule par terre? Ca fait ça. Ca peut aller jusque là, jusqu'à en jouer, attendre les lumières et le tournis salutaire. C'est ça ou de nouveau les limbes opiacées. La flexion forcée et volontaire. Plus je reste ici et plus je me dis que dans cet univers j'ai la crucifixion en addiction. 5 mois avec des béquilles dans cette culture hostile ça te fait baisser les yeux, et la pampa ça devient un pieu.
La gueule par terre, les yeux en l'air, quelques jours à l'horizontal, un plafond blanc en guise d'horizon pour cause de complications. Ca vous mène dans de sacrées réflexions. Avant j'avais un corps et une vie. Maintenant je dois gagner un corps et une vie.
Pourquoi?
L'addition est salée, j'ai le palet sensible et le neurone à l'oblique gauche. Au bout de quelques temps les poches de l'esprit se vident et les horizons n'ont pas blanchis.
Alors le choix est exposé : Veux tu oui ou non payer, tu peux refuser.
Pour payer il faut en avoir plein les poches, de sacrées paires de baloches il paraît. Il paraît que ça te forge un homme, un vrai! Ca te transforme, ça te change.
Peut être...
Ou pas. Ou je n'y crois plus, d'avoir vu d'autres que moi, à d'autres âges faire le même déballage. Mais voilà, quand on sait qui ont est, quand on sait qu'on a la vie qu'on veut, même au plus près du feu, il n'y a pas de malheureux.
Alors moi? Suis-je à ma place? Est-ce que j'ai la gueule par terre sur le bon sol aéroportuaire? Il a été si long que ça cet automne 2008? Il a vraiment duré un an dans mon ombre qui avait posé ses valises, ses idées, ses rêves? Apprendre à raison à changer ses ambitions, à vouloir bâtir des fondations, âme de nomade ou non. Comme à chaque fois que j'eu cette prétention de désir faux, la réalité me rappelle à ma déraison.
A ce prix là est ce que je le veux ce nouveau corps? Je veux me rincer les yeux, je veux remplir mon âme de rire, entendre le soleil rougir partout, voir des verts de toute beauté, des bleus, des jaunes, des bonheurs, des couleurs, me surprendre, toujours apprendre, comprendre enfin que chez moi c'est ailleurs. Que je m'étais encore mis dans la même erreur, et "paf!" un croche pied au cœur.
Je ne peux rien bâtir, mon truc à moi c'est partir. Après 2 ans à voyager il a vraiment été cruel pour moi de rentrer. Même si je conserve ici mes plus belles amitiés, des souvenirs tant aimés que je peux toujours emporter. Je n'ai pas finalement tenu une année. C'est décidé, je repars vivre en expatrié, je repars regonfler mes poumons, sentir que la terre sur ma gueule, est celle de mon chemin, et cette terre n'est jamais la même. Chez moi n'a jamais été autant ailleurs.
Volem, Volem, Volem...
Je suis prêts à payer l'addition, la douleur ce n'est plus une addiction mais une monnaie trébuchante pour retourner à ma planisphère. Décollage prévu en Juillet 2010. J'irai cueillir des étoiles pour quelques années, moissonner tout ce qui peut m'animer. Ici je ne suis qu'un addict de la crucifixion, car ici je n'ai pas vraiment de maison qui se soit construite dans mes rêves et mes ambitions. Alors je vais retourner chez moi, ailleurs, me regarder dans mon miroir et sourire à mon âme, encore, encore, encore... Comme j'ai aimé à le faire pendant mes 2 plus belles années, mais cette fois ci sans intermittence ni demi mesure.
Cette fois ci je pars, c'est sûr.
J'ai érinté mon humanité fatiguée dans mon Europe carrencée
Puis tu es venue mon Afrique, ma mère, ma félicité.
Quoi qu'on fasse il faudra toujours bien nourrir un boeuf pour qu'il donne le meilleur de la viande.
L'Homme non.
On peut presser un humain dans la plus extrême maigreur, il donnera il toujours le meilleur de lui-même.
Quel grand progrès pour nos sociétés que d'aller toujours plus avant dans le Tertiaire.
Allés et venus. France-étranger, devenir étranger à la France. Paris, Ramnicu Valcea, Douala, Paris.
On paris qu'on y survie?
Voilà quelques temps que je sillonne mon absence de mes terres natales, de mes relativités... Toutes relatives.
Mais quelle violence que ce retour à la basse réalité française. Et j'insiste sur ce mot "basse". Puisqu'il semble être l'avenir de notre nation que de baisser, irrémédiablement, définitivement. Voyage sans retour dans la médiocrité la plus certaine. Celle qui assassine sa propre jeunesse en la rendant coupable de ce crime odieux.
M'a-t-on apprie en éducation civique (n'en déplaise à notre gouvernement nous avons eu de l'éducation civique dans notre école dite en "péril", et il se pourrait même que nous ayons été plus qu'attentif) que le mineur n'est pas responsable de ses actes, mais qu'il en est autrement de l'adulte.
Qu'on m'explique alors que feraient des enfants de 12 ans en prison s'ils n'ont aucune responsabilité? Qu'on m'explique l'intérêt d'une EPM (Etablissement Pénitentiaire pour Mineurs) où 4 tentatives de suicide chez un jeune, loin d'être le signe d'un mal être profond, n'est qu'un caprice. Un adulte meurt de causes extérieures ; un jeune ne serait tué que par sa propre bêtise, dont il serait le seul responsable. L'auto-conception miraculeuse de l'autodestruction par combustion spontanée de conscience (si encore on nous en prête une).
Alors pourquoi moi je n'y vois que crime?!
Mais ce n'est pas un crime, c'est devenu une institution à soutenir sans faille. Oui ce ne sont plus des failles, ce sont des crevasses, des cratères lunaires qui jalonne les tranchées de notre société, façon lithographie d'Otto Dix.
Sommes-nous devenus fous au point d'assassiner nos propres enfants et les juger comme seuls responsables?
Je l'ai déjà dit il y a plusieurs années : une société qui renie sa jeunesse nie son avenir.
Hors que ce passe-t-il aujourd'hui? Un jeune n'est même plus considéré comme un citoyen français. Je voudrais rappeler qu'un jeune (et cette définition semble s'étendre à n'en plus finir), autant qu'un détenu (puisque "délinquant" semble être une annexe indissociable de l'adjectif "jeune" ) sont des citoyens français. Faut-il inlassablement le rappeler alors que de mon "jeune" vivant je n'ai jamais vu ce principe républicain en oeuvre? 28 ans... C'est assez pour oublier.
Il y a 50 ans nous admettions et découvrions enfin qu'un nourrisson n'était pas juste un tube digestif. Mais quelle régression aujourd'hui, que de voir qu'on n'admet même plus qu'un jeune (bien au delà du stade du nourrisson) ait une conscience propre?! Même pas de conscience tout court d'ailleurs. A n'en être plus réduit qu'à une chose : une bombe à retardement. Mais c'est la société entière qui a déjà implosé de son vide de sens.
Je n'ai pas de conscience mais pourtant je suis responsable de tout les maux?!
Mais qui viendrait faire morale de responsabilité aux jeunes, alors que le monde adulte est devenu fou et sans limite? Sans conscience?
Les jeunes se droguent... C'est totalement irresponsable! Mais qui sont les irresponsables qui leur mettent entre les mains si ce n'est des adultes?
"Dépasse tes limites! Bois Red Bull et fait la fête jusqu'au bout de la nuit sans fatigue!"
"Un coup de fatigue au travail? Bois Red Bull, soit performant et explose tes concurrents!"
5 fois la dose de taurine quotidienne, 500 fois la dose de glucocérone. Deux composés fabriqués en Chine sous forme de poudre blanche diluée dans des petites canettes en métal à l'effet psychotrope garantit pour 1€50 seulement.
Personnellement je n'ai pas ressentit la différence en soirée entre une canette de Red Bull et une trace de coke. Mêmes effets désirés... Et indésirés le lendemain. Le tout vendu par une entreprise aussi opaque qu'un cartel colombien.
Qui est l'irresponsable? Le jeune qui meurt d'avoir bu 4 canettes dans une soirée (sans prévention aucune) ; ou le milliardaire sexagénaire qui a mis ce produit sur le marché en ciblant une population avec des messages qui n'ont rien à envier aux arguments des dealers les plus habiles?
Ma première canette était gratuite... Ma première ligne blanche aussi. Mon premier rail était offert par quelqu'un de peu recommandable et peu avenant de prime abord. Ma première cannette elle, par une jolie miss Red Bull (qui prend soin de bien décapsuler la cannette avant de me la donner, pour être sûre que je consomme bien le produit). Qui fût le plus agressif? Le plus intrusif?
Il y a 50 ans nous nous rendions compte que croire qu'un nourrisson ne comprend pas ce qu'il se passe autour de lui et ne capte rien était une erreur monumentale. Car bien au contraire cela forgeait notre être au plus profond. Aujourd'hui on matraque la jeunesse en toute impunité en lui envoyant des messages paradoxaux, en usant de malhonnêteté non dissimulée en pensant que nous sommes incapables de percevoir le mensonge? C'est totalement absurde!
Comment demander à une jeunesse d'être intègre quand ses modèles adultes sont loin de l'être et nous désintègrent ouvertement, le sourire aux lèvres, avec la conscience tranquille de penser que nous ne voyons que du feu à notre exploitation?
Le jeune n'est pas un consommateur dans la société, il est consommé par la société... Consumé... Con, mais pas assumé.
Qu'importe. Nous ne sommes pas sensé détenir une quelconque vérité. Comment le pourrions-nous alors que nous ne sommes même pas dotés de conscience?
Il me semble pourtant qu'il y a moins d'eugénistes dans ma génération que dans la précédente qui nous gouverne, et utilise les arguments les plus archaïques et réfutés par la science (faut-il rappeler à ces lumières dirigeantes que la science ne s'est jamais vantée de démontrer quoi que ce soit pour la bonne et simple raison qu'elle ne sait que réfuter?). Jusqu'à rendre un enfant de 3 ans responsable, non plus de ses actes, mais de la probabilité incertaine de ceux-ci? Le tout justifié par un rapport télécommandé dont le contenu est plus que douteux et réfuté par les spécialistes du domaine (mais qu'à cela ne tienne, de parfaits inconnus deviennent les "plus grands spécialistes du domaine" incriminé pourvu qu'ils servent au mensonge d'Etat). Le tout soutenu par le plus odieux des sophismes qui s'affiche ouvertement dans "Philosophie Magazine", à se faire ronger les mains de Socrate comme un rat se rongerait les pattes après avoir pris du Red Bull.
Diable! Sommes-nous couards au point d'être terrorisés par un enfant de 3 ans?! Quel environnement de développement offrons nous à un enfant qu'on craint?
Plutôt que d'avoir peur de ce que nos enfants pourraient devenir, ne pourrions-nous pas plutôt porter les plus beaux espoirs à leur égard?
Nous sommes devenus des "humans bomb" potentiels, ouverts à tout extrémisme religieux, prédisposés (génétiquement ?) au fanatisme religieux. Je ne savais pas que les prêcheurs de mort portaient encore des culottes courtes. Je les voyais plutôt avec une barbe grisonnante.
Nous vivons dans une société qui s'est amputée seule (bien avant l'arrivée de ma génération de sauvageons) de toute spiritualité. Allant jusqu'à nous faire croire que celle-ci se trouvait entre les murs de pierre froide d'une église, dans la bouche d'un prêcheur qu'on devrait écouter avec avidité, sans question se poser, au nom d'une morale supérieure (puisqu'il n'est plus douteux que la gouvernance républicaine s'occupe aussi de la morale et des valeurs de ses citoyens, en bon père de famille, remixé version moderne : chef d'entreprise paternaliste).
Gare à celui qui cracherait la cuillère de son petit pot pour bébé qu'on lui aurait enfoncé dans la bouche (en tout paternalisme aimant cela va de soit).
J'ai du partir et vivre à l'autre bout du monde pour apprendre ce qu'était la spiritualité et que cela (n'en déplaise à nos trouillards en soutane) n'avait rien d'incompatible avec la religion. Comment avons nous pu être formaté au point que nous ne fassions plus la différence entre religion et spiritualité, terreaux de toutes les dérives actuelles? Certainement pas la faute à ma génération qui n'a jamais connu autre chose.
Seulement voilà le danger de la spiritualité : se regarder de l'intérieur et poursuivre son chemin personnel pour découvrir, au delà du monde qui nous construit, ce que nous sommes en réalité et en individualité. Je trouve plus de sagesse chez un chamane shipibo-konibo d'Amazonie ou un guérisseur bassa du Cameroun (qui se défendent d'être des sages d'ailleurs) que chez nos prêtres à la charité bien ordonnée (qui font de très belles cérémonies gratuites pour l'enterrement de SDF, tout en oubliant qu'à la base une église se doit de toujours garder ses portes ouvertes... Surtout en hiver pour ces mêmes sans abris).
Dites moi Monsieur Tout Blanc, Jésus aurait-il fermé ses portes à un malheureux transit de froid? L'Histoire ne le dit pas... Il fait toujours chaud à Nazareth.
Dites moi Monsieur Tout Blanc, où étiez vous lorsque Ceausescu offrait à une jeunesse quelque chose pire que la mort : l'hygiénisme? Je vous demande cela car je m'en suis moi même occupé, 20 ans plus tard, de ce qu'il en restait de ces victimes. Et j'ai vu des prêtres de toute bonté venir si souvent offrir leur bénédiction et l'extrême onction... Où étaient-ils il y a 20 ans de cela? Il est un peu tard pour tenter de laver sa culpabilité dans l'eau bénite qu'on projette sur des corps qui ne ressemblent plus à des corps.
De quel droit nos églises se plaignent du manque de foi de ma génération d'hérétiques? Mais foi en quoi à la fin? Si je veux voir une mascarade, j'ai appris à aller au théâtre moi (ou dans un hémicycle pour voir la grande hystéria).
J'appris à mentir par le mensonge de mon père. J'appris à trahir par la trahison de mon père. J'appris à être malhonnête par la malhonnêteté de mon père. J'appris à être avide par l'avidité de mon père. J'oubliai toute spiritualité pour ne l'avoir jamais apprise de mon père.
Dans le dédale d'une société qui se perd un peu plus chaque jour, le destin de ma génération n'a jamais autant ressemblé à celui d'Icare.
Je n'en appel pas à la révolte de notre génération. Notre société n'a pas besoin de nous pour s'autodétruire, ne lui en déplaise. Mais je vous appelle à fuir, à quitter le navire, à vous exiler dans des lieux autres... D'Autres Mondes...
Surtout mettez ce que vous voulez dans cette dernière expression, la première prise de conscience est toujours gratuite. Pour le reste on verra.
La République est morte, vive la République Universelle!
Jérémie.

Le Minotaure (40x60cm)
Acrylique, gouache, métal, plastic, strap sur toile.
Drifting, dripping, collages, pinceau et truelle.
1er de la série : "les portraits du mythe d'Icare"
Oeuvre individuelle pour le collectif "L'Amnézik"
Mangalia, Aout 2008, une scène, d’une plage, quelconque si elle n’avait pas été si profondément roumaine. Profondément avec son ciel bas peuplé de nuages mousseux qui viendraient presque vous caresser la face, si un soleil implacable ne les dissipait pas.
C’est une plage accrochée si fermement au bêton qu’on pourrait prendre son sable pour du ciment brisé. Celui là même qui, comme des spores innombrables et volatiles, fit pousser tant de tours champignons, sans queue ni tête.
C’est dans ce décors que les fourmilières ouvrières et prolétaires viennent établir leur solarium de campagne, traversé, ça et là, par quelques intellectuels en devenir, ou déjà passés de l’être, comme toi peut être… Tu en as l’air, à reconstruire ta politique livresque.
Moi je les observe, à l’abri de ces formes immenses et insensées de blocs anti débarquements, aujourd’hui abris pour crabes vers comme des militaires.
Il y a cette petite famille étrange qui se voudrait étrangère, avec ses serviettes estampillées de lointain, drapées en étendards. Le père et la mère, debout devant leurs transats ostensiblement bourgeois, à 10 nouveau lei par jour, tressaillant de leurs chaires au rythme d’une musique bon marché, comme ceux qui malgré leur vérité profonde, refusent de danser avec la petite fumée.
La femme est aussi effacée que sa poitrine cachée par un tissu bleu outremer largement outrepassé. L’homme, lui, observe les lieux, bondant un torse viril coulant comme une Horloge ; à la manière d’un propriétaire venant faire l’état des lieux annuel de son appartement, avec l’idée absurde de chercher ce qui serait resté figé, mais qui ne dénombre que les détériorations de la vie.
Un peu plus loin, la fille cuit son vagin dans un bikini rose, qui contraste trop avec sa blondeur lascive qui déverse sur ses épaules comme un drap soyeux. Ses ongles acérés sont d’un rouge tape à l’œil, attirant le regard du mâle, qui se retrouvera très certainement bien plus effrayé par la tranchée carmine, qu’il ne sera émerveillé par ces cônes vernis marinés. Tout cela doit sentir la chaire rôtie au lait de coco.
Dans la densité humaine fluctuante comme une eau stagnante surpeuplée de moustiques, ils ne tardent pas à se faire passer devant par un couple hors du temps. Elle a la pudeur d’un blanc de lin couvrant tout son corps, pour exposer plus tard des mamelons pantelant non de fatigue mais d’inanition. Et c’est lui, et sa crinière, qui m’attirent. Elle est grisonnante et a gardé en son sein la courbure du vent. Il porte sa croix d’argent sous son calvaire solaire. Comme ayant oublié de quelles souffrances il devrait se sentir légataire, mais dont le poids doit bien faire ses 24 carats pour peser tous ses nerfs. Et l’air marin d’égout les emporte en même temps qu’un cerf-volant vert fluorescent rejoignant un immense nuage, hors du temps, offrant une ombre d’éternité aux peaux roussies. Il n’est plus tenu par l’enfant. D’ailleurs il ne l’a jamais été. Ce sont de ces jeux pour parents, légitimés par le simple fait que leur sperme offrit un jour quelque chose de productif.
L’enfant lui a décidé de profiter d’un lagon de bêton, acceptant l’humiliation maternelle de la surprotection ; des brassards à l’orange criard enserrent ses bras frêles, alors que sa génitrice grasse aux pies de Marianne, s’obstine à mettre un bonnet de bain en plastique aux motifs psychédéliques, sur une tête hérissée de poils blonds. Je n’aurai voulu, pour rien au monde, observer ce spectacle sphérique, autrement qu’en mon état de conscience oblique, pas même pour le voir d’une Lune Sans Dimension.
Je comprends Cioran mais pas son inconvénient.
Tout cela parce qu’au milieu de cette agitation de viandes en macération ondulatoire tu es là. Allongée devant moi, mais à des années lumières d’espace sociale. Ton nez de Cléopâtre surplombe ton deux pièces léopard qui aurait fait vulgaire sur n’importe qui d’autre, mais qui vêtit ton corps ; d’une couleur café au lait qui aurait pu se boire au Café Flore de St Germain des Prés ; d’une seconde peau qui te caractérise tout autant…Même quand tu discutes politique nonchalamment entourée de tes parents. Tu en as dans la tête, sous tes cheveux d’or des blés couverts par ce foulard à fleurs rouges, dont les franges descendent en cascade de pluie fraîche sur tes épaules qui couvent ta poitrine comme des ailes d’ange. Avec toute l’argenterie qui orne tes poignets et tes doigts fins sans artifice tu me fais penser à une tzigane qui aurait su occulter la beauté de son corps sous l’aplomb de son esprit froid… Rappelle-toi quand tu étais faite pour danser. C’est ainsi que je t’imagine sous tes lunettes teintées d’obsidienne du Mexique.
Je ne ressens nul besoin de te parler, juste me plaire à t’imaginer selon ma perception arbitraire et non la tienne. Il n’y a pas de barrière de langue entre nous, il n’y a plus d’Espace et il n’y a jamais eu de Temps. Dar nou vraou discutat !
Et c’est tellement mieux ainsi, dans la sérénité de l’affolement sous jacent, tellement suffisant, que je ne me lasserai jamais de silence en ces lieux si tumultueux.
Il fait beau à Mangalia, en ce jour d’Aout 2008, les otaries font la sieste en Antarctique, et demain, derrière la frontière, c’est la guerre… Ou se sera peut être hier.