Je n'ai emmené qu'un homme en mon monde onirique où l'Axis Mundi gravite, les écailles luisantes d'encre et de mercure. Qu'un seul homme avec qui j'ai conversé directement de ma bouche plume, comme je peux le faire avec toi aujourd'hui, qui parles le langage des oiseaux magnifiques.
Un homme, un démon lui aussi, mais un démon sans problème égotique, qui me murmurait tard le soir, les histoires surréalistes d'un Momo, au fond des grottes aménagées de nos enfances sur les côtes de Minos, par essence poussiéreuse de terre et de bois d'os.
Aujourd'hui je t'ai choisi parce que je n'avais jamais eu l'idée de le faire avant ta première envolée, notre dernière chance de se croiser ailleurs que dans l'Éther du ciel de l'Élision.
Aussi, avec toi, ne m'étais-je jamais escrimé en vain à ouvrir les portes lourdes d'un bois troyen, qui porte encore en son sein l'odeur salée des mers antiques et de la sueur des héros. Ce n'est pas le vent ici qui gloutonne la pierre à petit feu. Ce sont les innombrables passages, trainées de leurs spartiates fatiguées de passer et repasser les dalles de leur cité pour qu'elles luisent d'une lumière d'or et de vérité.
Même le marbre de Karystos ne peut que s'éreinter face aux assauts éternels du Soleil titanesque et du Temps, dieu-fils-bâtard de Gaïa. Chaque lumière a son obscurité, comme chaque blanc, entre chaque lettre, recèle de sa sagesse, que nul Bible ou Mythologie ne sauront jamais rendre. Malgré leurs myriades étoilées et colorées de constellations de mots divins.
Hors, je me suis escrimé en vain contre ces mécaniques de bois et de chaînes d'Andromède. J'ai fini par abandonner pour tous, sauf Un.
Mais pour toi nul résistance, juste une évidence. La rationalité et la philosophie la plus stricte ne sont rien sans l'intuition du silence. Peut-être parce que tu ne t'es jamais approché de mes murailles, ou si timidement. De loin. Du haut de ton Acropole. Surplombant un autre vaste infini qui reste peuplé, même s'ils se cachent à ton regard, de canards à la méningite lunaire. Ils voudraient bien que tu leur secoue un peu les plumes, pour te servir sur le sol fertile comme la terre lourde, chargée et fumante, des champs que nous foulions, quand nos petites mains glacées, se battaient pour se poser sur le métal froid et collant, d'un petit pot de lait, que nous chérissions tant aller remplir.
Si je t'envoie cette image ce n'est pas par innocence. Les mots ne sont jamais innocents, et encore moins gratuit. Qui l'oublierai ne s'en sauverai pas, mais perdrait immuablement tout son caractère ombilical sacré et se mourrai à petit feu ; subsistant médicalement assisté par sa thérapie cathodico-plasmatique, si étroitement tridimensionnellement quotidienne.
L'Homme de la Cité de Métal qui a engloutie l'idée du Monde jusqu'à l'Hespérie, tourne autour de son totem linéaire, et sa vie tourne avec lui.
Si je te donne à voir de notre terreau commun, c'est pour te montrer la clé que tu as en ton sein, et dont je connais à présent toute la Dimension, tout le Beau qui l'habite.
Ce Beau qui nous est commun, c'est cette quête de savoir ce qu'on sait ne jamais pouvoir demander sans détruire. Quelle mesure à toute Vérité face à la culpabilité éternelle d'un Œdipe violent?
Et puis il y a un présent qui c'est mis à chanter au passé, alors qu'une petite pousse se grandit à présent.
Nous cherchons tous les deux le crâne de notre ancêtre. Comme pour conjurer le sort des méfaits de l'oubli. Comme pour s'assurer une fois pour toute, que les lourds cartables qui voutaient nos frêles épaules, soient laissés, paisibles, dans une boîte à souvenirs colorée.
Nous partageons ensemble le même destin en héritage, et tout deux, sous le regard d'un Ouranos émasculé, nous tentons vainement de le conjurer.
Poisson hors de l'eau
Cherche son air salutaire
Là où il n'a plus d' "eau-torité";
Les écailles luisantes au couchant
Comme des coquillages lustrés
Au rythme stroboscopique
De son agonie spastique;
Seule sa queue reste vigoureuse,
Frappant la grève caillouteuse,
Pour rappeler sa splendeur océane passée.
Mais sur Terre n'a plus de voix
Et voit dans son silence asphyxié
Qu'il a une odeur viciée,
Charogne en devenir,
Qui attire l'insecte aux reflets de saphir,
Qu'il gobait toujours glouton
Aux tables luxueuses du grand Poséidon
Dont il ne fut que le vassale malgré lui.
Grisé par l'invitation à la cour,
Estampillé Monsieur Pignon dans le velours,
Il oubliait dans sa fulgurante envolée
Qu'à vouloir ainsi planer
Au dessus de toutes les hautes sphères
Et autres niches de brillant atmosphère,
Il finirai tôt ou tard
Sur le plancher des hussards.
L'œil visqueux s'agite et brûle alors
Face à un ciel trop éblouissant
Pour son regard avide
Plongé dans le Grand Vide;
Dénué de toute paupière œillère
Inutile dans les abysses obscures
Où il avait loisir de larguer à tout va
Ses nuages blancs sur les grappes rosées
D'un avenir qu'il aimait souiller
Pour s'en repaître ensuite goulument;
S'assurant que nul autre friture
Ne trouve dans sa liberté future
Des courants marins cristallins plus purs
Que ceux où il trônait sans aventure.
Mais toujours les rayons d'Apollon
Transpercent la rétine humide
De ceux qui louent la Grande Inquisition,
Préférant la flûte des pulsions,
Aux lyres d'or et de raison.
A présent plus rien n'agite
Les branchies blanchies
De l'animal meurtrie
D'être si loin de son nid
Confort et repères abolis.
Le sable collé à sa peau
Comme autant de couteaux
Qui le piquent de Réalité :
Que tout ce qui est vivant,
Même ce qui se veut divinement
Toucher un jour le firmament
Sans écouter les chants des poètes raillés,
Ghettohisés à leur printemps condescendant;
Fini inlassablement par trépasser.
Car seule la splendeur des mots épurés
Peut habiller une sépulture d'Éternité.
Le corps, lui, ne sert qu'à repaître,
De l'insecte à la mouette,
L'inspiration de son prochain
A se rapprocher chaque instant du divin.
Le visage râpé
Des cendres et des poussières
De la surface de ma Terre
Mère nourricière,
Devenue aride,
Je désespère
D'entendre les cloches salutaires
D'une cathédrale enfouie
Sous les abysses dégazés
De ma cité de métal fatiguée.
Où es-tu mon rêve-Monde?
Je ne te vois plus sous mon sourcil blanchit,
Alors que ma barbe brille,
Carmine,
Cerclant une voix trop éloquente
Pour traverser la nuit qui m'illumine.
Nourris des esprits tourmentés
Des princes d'Aquitaine spoliés
Et des Momo
Trainant leur bedaine,
Autant que de lointains teutons
Exaltés par mille passions,
Pauvres Byrons;
Le démon grignote,
Glouton,
Mon âme sous sa botte ;
Dans un silence implacable,
Sans jamais être repu,
De mes résidus
Organiques
Dispersés dans la constellation
De mon Être lunaire,
Même si son écrin effiloché
N'est plus que lambeaux de peau
Éparses et perméables,
Laissant mon Moi en émoi total,
Glisser puis couler
Dans des eaux usées,
Pour s'évanouir dans les caniveaux
D'une conscience oubliée.
Ainsi déversé,
Au milieu des immondices expulsés
Par la machine infernale,
Je dérive au large
De ma folie incurable.
-DANGER- Ne pas traverser les voies -Veuillez emprunter les passages souterrains-
Flottant sur mon océan de plastiques,
Je te contemple,
Figée en haut de tes falaises
Acérées comme des francisques
Dressées dans la défiance.
Ainsi tu harangues la foule
De ta beauté
Que tu veux supérieure ;
Toi que j'ai aimé si sincère,
Que j'ai chéri de tout mon cœur enflammé ;
Qui a abandonné ses battements de tambour
Pour des soupirs sourds.
Qu'es-tu devenue ma Sublime,
Pour me pousser inlassablement
Vers le destin tragique
D'un Hypérion éreinté
Par le divin?
A quoi as-tu si brillamment aspiré
Ma belle Marianne?
Ton sein est rempli d'un poison
Acide de déni
Qui te brûle le mamelon ;
Et tes mains ont perdues leur douceur
Dans le brasier des boîtes de Pandore
Que tu as ouverte,
Empressée que tu es à présent,
De te glorifier dans un Empire
Sans limite.
-DANGER
DE
MORT-
Ne touchez pas les câbles
même tombés à terre-
Mais,
Si de mes îlots de canettes,
Déployant les ailes brisées du Prophète,
Je voulais un jour redécoller,
Ne serait-il pas plus difficile
De voler entre les arcs électriques,
Que mon frère Icare ne l'a fait
Entre ciel et terre?
Acculé et sans choix,
N'ayant jamais su naviguer
Sur des courants d'indifférence,
je pleure, je pleure,
Et je pleure encore,
Mais l'abîme qui nous sépare
N'est jamais rempli.
Jérémie.
Comment on oublie l'existence, toutes ces choses inutiles comme les débuts, les milieux, les fins, tous ces moments qu'on croit nécessaires pour s'abstenir du silence?
Je ne sais plus écrire pour ne l'avoir jamais appris. Et c'est dans mon replis autistique que je ne m'extasie plus désormais que dans les espaces riches qui séparent les mots rochers, où tant s'obstinent encore à s'accrocher, comme au dernier pillier qui soutient leur réalité plastique.
Du blanc! Plus que du blanc! Du blanc dans sa multitude de lumières révélatrices! Dans un monde où les buissons ardents n'ont plus la quote pour cause de déjà "trop" vu expatrié sur des lunes sans dimension. Le symbole redevenant alors le symbole, dans son état le plus pur et le plus intime.
"Ce qui est profondément vrai pour un homme l'est pour tous." Mais cette vérité lui sera à jamais intransmissible, perdue dans cette blancheur immaculée, là où nos calvities académiques et étatiques -maudites nations- nous noient un peu plus chaque jours dans le flot de leur encre noire pétrolifère qu'ils appellent rationalisme... race...io..natisme... Ou comment rationaliser le nationalisme, la réalité féodale couleur promo de noël.
Cette nuit j'ai fait un de ces rêves qui vous semblent toujours inédits mais laborieusement familiés. Un rêve prison.
Perdu au milieu d'un vieil immeuble baigné de lumière poussiéreuse, sans la moindre fenêtre. Tout n'est que vide et enchevêtrement sans fin de pièces toutes plus vides les unes que les autres, sans couloir, dont le seul but dans l'existence semble être de boucher tout horizon par des enfilades de pas de portes gris. Ce n'est pas la colonne de Brancousi ici... On ne vous mène à aucun ciel, même acculé au béton.
Au plafond de petites plaques de plâtre abandonnent la paroie à cause de la fatigue des années qui touche ces immeubles 80's mal conçus, qu'on doit déjà condamner. Il n'y a rien ici, tout est désespérément vide et d'un vaste infini qui m'écrase et me dissuade de perdre une quelconque énergie dans un déplacement inutile : tout est identique ici, le seul contraste se trouve le long des fissures et des crevasses qui lézardent les murs.
Mais alors d'où vient cette putain de clarté?
Puisqu'il n'y a rien ici, juste moi, ces murs et ces espaces nocturnes remplis à raz bord de solitude, que je déni le jour durant.
Ca fait quoi d'avoir la gueule à terre? De le sentir là, sur le bitûme? Ca fait quoi à mes engelures d'âme? Une rame de toute puissance, et "paf!" arrêt à la Défense. C'était ça mon nouveau crédo : tenter le "métro-boulôt-dodo" dans un monde de métal asceptisé. Je pouvais y arriver, j'avais le sourire de mes mouflets et mes passions en bandoulières.
Ca fait quoi d'avoir la gueule dans la terre? Pas celle des Bassa, pas ma Mère, pas ma terre nourrissière, mais quelque chose de bien plus amère, un peu de bêton et beaucoup trop de prétention. Moi c'est un genou qui m'a ramené à la déraison. Récupérer Spider Man de son plafond, c'était pas vraiment un choix avec options, pour la médaille du courage faudra passer lors d'une prochaine mission. Au fond ça a été une sacrée leçon et j'ai pas fini de payer l'addition.
J'ai le nombril perdu entre Douala et Yaoundé. Les yeux dans la pampa, les narines du côté de Ramnicu Valcéa. Alors ça fait mal d'avoir la gueule dans cette terre engluée de boue d'un Automne mitigé, fade, sans odeur ni félicité! Une table qui vascille et c'est toute mon Inde qui s'est scotchée à mon salon. Ma seule bouffée d'oxygène, devenait une asphixie lente et pernicieuse, jusqu'à l'explosion artificielle thamadolée, de nuits trop froides et cruelles ; d'angoisses ou de douleurs.
Alors c'est jusque là que l'amas d'organes dont ont m'a forcé l'axé peut-aller? C'est ça la douleur, la gueule par terre? Ca fait ça. Ca peut aller jusque là, jusqu'à en jouer, attendre les lumières et le tournis salutaire. C'est ça ou de nouveau les limbes opiacées. La flexion forcée et volontaire. Plus je reste ici et plus je me dis que dans cet univers j'ai la crucifixion en addiction. 5 mois avec des béquilles dans cette culture hostile ça te fait baisser les yeux, et la pampa ça devient un pieu.
La gueule par terre, les yeux en l'air, quelques jours à l'horizontal, un plafond blanc en guise d'horizon pour cause de complications. Ca vous mène dans de sacrées réflexions. Avant j'avais un corps et une vie. Maintenant je dois gagner un corps et une vie.
Pourquoi?
L'addition est salée, j'ai le palet sensible et le neurone à l'oblique gauche. Au bout de quelques temps les poches de l'esprit se vident et les horizons n'ont pas blanchis.
Alors le choix est exposé : Veux tu oui ou non payer, tu peux refuser.
Pour payer il faut en avoir plein les poches, de sacrées paires de baloches il paraît. Il paraît que ça te forge un homme, un vrai! Ca te transforme, ça te change.
Peut être...
Ou pas. Ou je n'y crois plus, d'avoir vu d'autres que moi, à d'autres âges faire le même déballage. Mais voilà, quand on sait qui ont est, quand on sait qu'on a la vie qu'on veut, même au plus près du feu, il n'y a pas de malheureux.
Alors moi? Suis-je à ma place? Est-ce que j'ai la gueule par terre sur le bon sol aéroportuaire? Il a été si long que ça cet automne 2008? Il a vraiment duré un an dans mon ombre qui avait posé ses valises, ses idées, ses rêves? Apprendre à raison à changer ses ambitions, à vouloir bâtir des fondations, âme de nomade ou non. Comme à chaque fois que j'eu cette prétention de désir faux, la réalité me rappelle à ma déraison.
A ce prix là est ce que je le veux ce nouveau corps? Je veux me rincer les yeux, je veux remplir mon âme de rire, entendre le soleil rougir partout, voir des verts de toute beauté, des bleus, des jaunes, des bonheurs, des couleurs, me surprendre, toujours apprendre, comprendre enfin que chez moi c'est ailleurs. Que je m'étais encore mis dans la même erreur, et "paf!" un croche pied au cœur.
Je ne peux rien bâtir, mon truc à moi c'est partir. Après 2 ans à voyager il a vraiment été cruel pour moi de rentrer. Même si je conserve ici mes plus belles amitiés, des souvenirs tant aimés que je peux toujours emporter. Je n'ai pas finalement tenu une année. C'est décidé, je repars vivre en expatrié, je repars regonfler mes poumons, sentir que la terre sur ma gueule, est celle de mon chemin, et cette terre n'est jamais la même. Chez moi n'a jamais été autant ailleurs.
Volem, Volem, Volem...
Je suis prêts à payer l'addition, la douleur ce n'est plus une addiction mais une monnaie trébuchante pour retourner à ma planisphère. Décollage prévu en Juillet 2010. J'irai cueillir des étoiles pour quelques années, moissonner tout ce qui peut m'animer. Ici je ne suis qu'un addict de la crucifixion, car ici je n'ai pas vraiment de maison qui se soit construite dans mes rêves et mes ambitions. Alors je vais retourner chez moi, ailleurs, me regarder dans mon miroir et sourire à mon âme, encore, encore, encore... Comme j'ai aimé à le faire pendant mes 2 plus belles années, mais cette fois ci sans intermittence ni demi mesure.
Cette fois ci je pars, c'est sûr.
J'ai érinté mon humanité fatiguée dans mon Europe carrencée
Puis tu es venue mon Afrique, ma mère, ma félicité.
Quoi qu'on fasse il faudra toujours bien nourrir un boeuf pour qu'il donne le meilleur de la viande.
L'Homme non.
On peut presser un humain dans la plus extrême maigreur, il donnera il toujours le meilleur de lui-même.
Quel grand progrès pour nos sociétés que d'aller toujours plus avant dans le Tertiaire.